Retour sur un mois d’interventions dans les lycées amiénois


La première phase de la résidence de journaliste vient de s’achever. Du 3 mars 2017 au 7 avril 2017, nous sommes intervenus dans 8 classes de 7 lycées amiénois. La mise en place de ces ateliers a été coordonnée dans les établissements par les documentalistes.

L’intention de départ pour ces interventions était de donner aux élèves des repères pour se diriger dans la masse d’informations produites en permanence et à laquelle ils sont sans cesse confrontés.

Retour sur ces 4 semaines d’interventions qui se déroulaient en 2 phases :

 

  • phase 1 / Intervention de l’association Carmen.

L’objectif de cet atelier d’une durée de 2 heures sous forme de jeux participatifs était de déterminer le niveau de connaissance des jeunes concernant les médias en général avec quelques incursions du côté des réseaux sociaux. Le second objectif était d'apporter des éléments de culture générale dans les domaines des médias, du journalisme et de la liberté d'expression.

Le déroulé de l’intervention est visible sur la page Ressources

 

  • Phase 2 / Intervention d’Ixchel Delaporte.

Ixchel Delaporte est journaliste au quotidien L’Humanité. Durant les deux heures avec la classe, Ixchel Delaporte est revenue sur des notions évoquée lors de la séance précédente et restituait son expérience personnelle au travers d’anecdotes et d’exemples précis tout en laissant une large place aux échanges et débats.

Le déroulé de l’intervention est visible sur la page Ressources

 

Sur les 8 classes (représentant 255 élèves), 3 classes avaient eu divers apports en Éducation aux médias :

  • Comparaison de la presse régionale, nationale et internationale. Étude du dessin de presse et de la caricature. Séance sur l'historique du dessin de presse.
  • Découverte de 5 quotidiens nationaux : Le Monde, Libération, le Figaro, Aujourd’hui en France, L’Humanité. Leurs Unes, leurs rubriques, le traitement comparé d’une même info. Recherche pour connaître l’histoire de ces quotidiens, leur audience aujourd’hui, leur couleur politique. Dégager les caractéristiques stylistiques d’un article de presse.

 

  • Travail de brainstorming ( “ comment vous informez-vous ? ”, “ pouvez-vous imaginer de vivre sans être informé ? ” ), organisation de la Une d’un quotidien discussions sur métier de journaliste. Travail sur les sources de l’information et écriture d’un article ( Avant notre venue ). Question en début de chaque séance « Que s’est-il passé dans le monde depuis notre dernier cours et de quelle manière avez-vous été informés ».

 

En règle générale, dans les établissements que nous avons visités, peu de séances sont consacrées à l’éducation aux médias et à l’information. Les raisons en sont diverses : pas assez de temps, programmes déjà chargés, méconnaissance du sujet et des ressources disponibles.

De notre côté, nous n’avons pas constaté de différence flagrante entre les classes ayant eu des apports théoriques et les autres. Les différences nous ont paru plus évidentes entre les individus. Il est difficile d’interpréter ce phénomène, nous pouvons toutefois avancer quelques explications.

Il est apparu assez fréquemment que les élèves ne souhaitaient pas argumenter devant leur camarades et ce pour diverses raisons. D’une part, le débat n’est pas une pratique courante en classe, d’autre part, plusieurs élèves ne souhaitaient pas exposer au groupe leurs points de vues personnels, par peur de jugement.

Plusieurs nous ont également dit ne pas se sentir concernés par le sujet, certains affirmant “ ne pas s’informer ” ou vivre “ en dehors de la société d’information ”, situation de départ intéressante pour démarrer des échanges.

Enfin, pour la grande majorité, le sujet leur “ tombe dessus ” sans qu’ils n’aient pu y réfléchir préalablement, ils ont alors peu d’arguments.

 

Filière pros, techniques ou générales.

Là encore, nous avons été surpris de constater que le niveau d’information entre élèves issus des filières pros et ceux suivant un cursus général était peu probant. Pour certains sujets les réponses furent aussi pertinentes voire plus adaptées chez les jeunes rencontrés en lycées technologiques.

Ce constat s’entend en considérant l’ensemble des interventions, il est particulièrement vrai concernant les connaissances sur la question des réseaux sociaux. Par contre et cela ne surprendra personne, sur le sujet de la presse et des médias d’information certains élèves suivant l’option préparation sciences-po se sont révélés très pertinents. En dehors de cette exception peu de différences au final.

 

Participation

Faire participer les élèves, créer les conditions de l’interaction lors des interventions est essentiel pour maintenir leur attention. Que ce soit en phase 1 ou en phase 2, la participation fut globalement au rendez-vous.

Il est nécessaire de réfléchir aux situations ou le manque de participation a pesé. Les raisons sont diverses et parfois difficilement identifiables, d’autant que la même classe a pu être très présente en phase 1 et distante en phase 2 ou inversement.

Il peut s’agir là encore d’un manque d’intérêt pour le sujet, de la difficulté à s’exprimer devant le groupe, du peu de connaissances à mobiliser. Mais cette difficulté peut tout aussi bien relever de raisons triviales : plages horaires non adaptées, problèmes rencontrées au sein de la classe, fatigue des élèves, manque d’enjeu, ou … animation moins dynamique.

Il nous semble toutefois que parmi les raisons les plus probables il y ait le fait que d’une part les élèves ne perçoivent pas ce temps comme un temps d’enseignement et qu’il ne recèle donc aucun enjeu et que, d’autre part, les jeunes ne saisissent pas toujours l’importance du sujet.

 

 

Retours des élèves et des enseignants

Bien que pour certains jeunes, exprimer une opinion devant leur camarade posait problème, la plupart des jeunes ont apprécié d’entendre les arguments de leurs camarades sur certaines questions.

Pour la grande majorité des jeunes, c’est la partie sur les réseaux sociaux qui a suscité le plus d’intérêt de leur part. Il n’y a rien là de surprenant, ces jeunes sont de grands consommateurs de réseaux sociaux. D’ailleurs, il s’agit là d’une entrée intéressante pour l’EMI : les élèves disent ne pas s’informer et n’ont pas conscience que les notifications qu’il reçoivent ou les contenus qui défilent sur leurs fils d’actualités relèvent bel et bien du domaine de l’information.

En conclusion de l’atelier 1, nous avons invités les jeunes à donner leur avis sur l’activité. Étrangement, en point négatif, ils ont estimé qu’il n’y avait pas assez de débat alors que cet atelier se déroulait sous forme d’un débat mouvant ! Il y une certaine contradiction dont l’explication est sans doute à chercher du côté du peu d’habitude qu’ont ces jeunes du débat en classe. En positif, ils ont apprécié la forme dynamique de l’atelier et les débats sur les réseaux sociaux.

 

Les enseignants et professeurs documentalistes de leurs côtés sont très satisfaits de l’expérience, même si certains constatent que leurs élèves ont eu du mal à maintenir leur attention. Sur le dispositif, ils ont trouvé que les interventions se complétaient bien et qu’il y avait un bon équilibre entre le débat mouvant et l’aspect échange direct avec une journaliste

Tous on émis le souhait que l’expérience se poursuive, se renouvelle.

Les enseignants perçoivent cette intervention comme une opportunité, la plupart souhaite aborder la question des médias en classe mais beaucoup ne savent pas comment ( lien avec les enseignements, ressources nombreuses, trop ? ).

 

En conclusion :

On ressent globalement le manque d’apports sur cette thématique, la durée de l’intervention ( 2 fois 2 heures ) ne peut suffire à compenser si on souhaite approfondir.

Nous avons choisi de traiter plusieurs sujets et de dresser un panorama du monde de l’information en abordant les questions des sources, de la pluralité, d’écosystème, de régulation et de désinformation. Chacune de ces questions pourrait faire l’objet d’une seule séance qui permettrait d’aller plus loin, de creuser ces questions. Bien que nous restions persuadés que la meilleure manière pour comprendre est de faire, il était inenvisageable dans le temps imparti et sans apport préalable, de mettre en place des ateliers de production médiatique. Pour autant, les jeunes ont appris et compris des notions essentielles sur les sujets que nous avons traités ensemble.


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Commentaire sur “Retour sur un mois d’interventions dans les lycées amiénois

  • nathalie simonnet

    Bonjour l’équipe, j’ai enfin pris le temps de bien explorer tous les écrits, bilans, commentaires concernant les interventions de Carmen et des journalistes en résidence. C’est un beau travail avec une profonde réflexion et un engagement sans faille.
    Très agréable par ailleurs à parcourir visuellement le site.
    Continuez, continuons.