Archives des mots-clefs : OPAC

Rencontre OPH / La Place des Habitants

« La Place de Habitants »
jeudi 29 mars 2012.

Rencontre fleuve (plus de 3 heures) avec l’Office Public de l’Habitat, principal bailleur du quartier, représenté par M. Bachelay directeur général, M. Mahu, responsable du secteur Amiens Nord et la responsable de la communication.
Outre les habitantes, étaient présents Ixchel Delaporte (journaliste), Christophe Baticle (sociologue associé au Collectif La Forge).

Les représentants de l’Office souhaitaient projeter un Powerpoint, finalement M. Bachelay, a renoncé à cette forme d’exposé trop formel pour l’occasion et a commencé la présentation de l’ensemble des travaux en cours sur le quartier comprenant trois volets :
1/ la démolition de l’ensemble des bâtiments Brossolette soit 230 logements, pour y faire à moyen terme des aménagements que la collectivité va définir et qui comportera un volet habitat d’un autre type et de l’activité.
2/ La réhabilitation de Calmette (durée 9 mois).
3/ la réhabilitation de la résidence Fafet ainsi que la démolition de 2 entrées les 9 et 11, pour ouvrir un passage réservé aux piétons et cyclistes entre la rue fafet et le bd de Roubaix
L’ambition affichée de cette restructuration d’ampleur est de « permettre que ce quartier, mais c’est vrai de tous les quartiers d’Amiens, soit un quartier où on ait une mixité de population » dixit M. Bachelay.

Lors de cette rencontre de nombreux points ont été évoqués, de la façon dont l’OPH a organisé la concertation avec les habitants jusqu’aux questions relatives aux abris pour les scooter et vélos.

L’extrait que nous proposons ici rend en partie compte de la teneur des débats et notamment de la question de la mixité sociale attendue à terme.

Pour poursuivre la réflexion, Jeudi 4 octobre 2012, 23 rue Fafet à 17h00 et dans le cadre d’Invitations d’artistes à LA PLACE DES HABITANTS, nous rencontrons Barbara  Allen, directrice de recherches au Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (http://www.cstb.fr/le-cstb/missions-et-metiers.html).
Nous débattrons avec elle de la question de la place laissée aux habitants dans les programmes de rénovation urbaine comme celui que connaît actuellement le quartier Fafet Brossolette Calmette.

Restitution sonore de la rencontre (durée : 4’43)  CLIQUER ICI

Chacune des rencontres organisées à La place des habitants donne lieu à l’écriture d’un texte. C’est en général Denis Lachaud, écrivain, qui livre une vision plus « littéraire » des échanges. Ce jour là, c’est Ixchel Delaporte (journaliste au quotidien l’humanité) qui propose son point de vue au travers du texte ci-dessous.

Ixchel Delaporte édite par ailleurs un blog : « Côté quartier, le blog des quartiers populaires » (http://quartierspop.over-blog.fr/).

Changer les habitants pour changer l’image ou l’inverse…

-  Dialogue ou monologue ? -

A deux, avec le PowerPoint. Madame la responsable de la communication et Monsieur le responsable du secteur Amiens Nord. Le troisième, Monsieur le directeur général de l’OPAC, arrive quelques minutes plus tard. Le café fume. On sert. Les habitantes, silencieuses. On s’observe. La lettre des habitantes aux autorités… Tout a commencé par ça. Les trois responsables hochent de la tête. On n’était pas sûr de les voir aujourd’hui. C’est très ouvert alors ? Le PowerPoint ne sera peut-être pas nécessaire. On va l’éteindre. Le petit bruit de fond s’évapore. On peut commencer.
« Je tenais à être présent à double titre. Avoir des moments de rencontres avec les habitants, c’est important, être à l’écoute aussi, car nous sommes un acteur très important sur le quartier Nord… » Le discours est rodé. Le préambule s’étire.
« Avec l’ANRU, on procède à une restructuration très importante, des évolutions significatives. Il y a des difficultés certes mais on est là pour en parler. Je veux vous dire que nous avons une vraie volonté d’agir sur ce quartier, des ambitions très fortes… ».
Trois pages remplies de mon cahier et les habitantes n’ont pas parlé.
« Des démolitions sont en cours sur Brossolette, nous avons rencontré l’ensemble des familles. Il en reste toujours 40. A l’arrivée, nous aurons une autre forme urbaine du collectif et de l’individuel… A Calmette, il s’est passé beaucoup de choses, nous avons consulté les habitants… Il y aura aussi une réhabilitation importante des parties communes. L’objectif est de mener à bien les travaux »
La solennité du discours empêche. La marge d’intervention est faible.
Une habitante interrompt : « Quelles personnes peuvent prétendre à ces logements réhabilités ? »
Pas de réponse. Pas question de gripper la machine. Monsieur le directeur poursuit sa conférence, lui qui est venu pour écouter. Encore deux pages de notes bien serrées. Une plaquette de promotion de la rénovation urbaine aurait fait l’affaire.
« Mais comment va-t-on attribuer ces logements ? »
Réponse : « Notre objectif c’est que le quartier soit ouvert à tous. Ici les gens sont très attachés à leur quartier. D’autres ont pu aller habiter ailleurs. On n’a pas de principe arrêté. On espère favoriser une mixité de population ».

-   Dialogue ou monologue ? -

Et la mixité, celle que tout le monde attend, comment on la fabrique ? « On y arrivera par la manière dont on va parler de notre quartier, de votre quartier qui présente des difficultés mais on peut les surmonter. Le changement d’image ne peut pas se faire en coup de baguette magique ». Changer les habitants pour changer l’image ou l’inverse ?Une deuxième habitante : « Mais les travaux extérieurs de Calmette… »« Ils seront présentés dans les mois qui viennent aux habitants ». Fermer le banc.Monsieur le directeur général de l’OPAC concède qu’il y ait des inquiétudes, c’est légitime. Mais, des mesures de satisfactions existent. 600 familles ont été interrogées et de façon aléatoire. « C’est fondamental d’être précis sur ce qu’on va leur dire ». Oui, c’est fondamental d’être précis.Une troisième ose : « C’est bien de savoir pour les blocs mais… »
Monsieur le directeur général de l’OPAC fait mine de s’insurger : « Je ne veux pas entendre parler de blocs et de cages d’escaliers ». Le ton sonne paternaliste.
« Si. C’est des cages à lapin, murmure une habitante, des barres et des blocs ».
Alors, plus de blocs, plus de barres, plus de cages ? Comment nommer pour effacer les traces, Monsieur le directeur ?
« On ne maintiendra pas les caves, partout où il y en a, on les supprime. C’est une décision irrévocable. On aura la possibilité d’avoir des aménagements extérieurs. » Irrévocable…
« Vous dites : on va vous présenter les projets mais on n’a pas notre mot à dire sur les extérieurs », s’emporte une habitante. Enquêtes, 75% de réponses, questionnaire etc…
« Moi, pour déménager, on me propose des endroits que je ne demande pas. Depuis que j’ai refusé un logement, je n’ai plus de nouvelles. Pourquoi ? ». Taux d’effort, reste à vivre, commission d’attributions de logements…
« On n’y croit plus de toutes façons. On est à Fafet, on restera à Fafet. Je suis déçue »
Cinq pages de cahier, cinq pages d’explications techniques et d’autosatisfaction. Et deux lignes de requêtes : « On aimerait bien avoir des abris, des tables, des bancs pour se retrouver. Je donne une idée comme ça. Ca permettrait de se réunir et de se rapprocher ».
Trois pages supplémentaires. Irrévocables ?
« Moi j’ai peur que ce soit trop tard pour demander des choses. Tout est déjà décidé. Le problème, c’est qu’il y a des gens qui ne croient plus en rien. On nous dit qu’il y a des choses qui vont changer mais au final, rien ne change ».
« Pour qu’une telle opération ait des chances de marcher, il faut un dialogue permanent », conclut le directeur, son PowerPoint dans la tête.

-  Dialogue ou monologue ? -

Ixchel Delaporte

Partager